Voces de la Francofonía


Nicole Cage-Florentiny
Junio 7, 2007, 4:26 am
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Sé volé man ka volé !

Nicole CAGE-FLORENTINY

Ronde du temps orphelin. Au plafond, des centaines et des centaines de bulles irisées dansent, se frôlent s’envolent se fondent, des centaines de bulles, une odeur de savane au carême.        

Elle émerge, comme d’un long tunnel comme d’une longue absence. Lentement –ne pas ouvrir les yeux! Cette odeur ça n’est pas celle d’une savane au carême ça sent l’éther!        

Ne pas ouvrir les yeux, refuser les sensations. Où est-elle? Que fait-elle là, allongée (sur l’herbe de la savane?) Non, elle sent bien le lit où s’enfonce son corps qui n’a pas encore conscience d’être un corps, le sien.       

Qui est-elle? Dormir, retrouver les bulles dansantes d’un horizon trouble, dormir, pour ne pas sentir… Sentir… Ca se précise là… Ventre sexe douleur. C’est là… Elle n’est que ça, un ventre douloureux un sexe comme un lambi hors de l’eau qui bat, bat au rythme de la douleur.        

«Pourquoi mon ventre me fait-il si mal? Et mon sexe ? »        

Fermer les yeux de toute la force de ses paupières se fermer à l’appel lancinant du tambour du souvenir… Les jours succèdent aux jours. Elle s’enfonce dans le lit; parfois ses mains se crispent, agrippent le drap, elle geint, elle se tord puis tout son être se tend et replonge brusquement dans l’immobilité de la mort. Les jours passent. Malgré ses yeux fermés elle perçoit vaguement, de mieux en mieux, les gens qui s approchent de son lit, qui se penchent sur elle. Que murmurent-ils? Que lui veut-on? Que fait-elle là? Elle perçoit aussi la rumeur qui l’entoure, les voix, les bruits d’instruments déposés sur du métal, les sonneries du téléphone, l’odeur entêtante des médicaments. Des lambeaux de mots chuchotés parviennent de temps à autre à traverser la brume. L’homme, le médecin, probablement, parle plus souvent, d’une voix plus rapide et plus sèche: « … Eclairs de conscience… Amnésie ne semble pas totale…»  La voix de celle qui semble être l’infirmière reprend, plus douce: «…Colson? Aucune autre possibilité?»        

Des mots s’élèvent jusqu’au plafond, en volutes; d’autres se pressent en nuages effilochés autour du lit de la jeune femme alitée et bourdonnent, bourdonnent, bourdonnent, mêlant la voix de l’infirmière à celle du médecin : «… Famille ?… Personne n’est venu pour elle… Amnésie… Hôpital psychiatrique de Colson… Seule solution… »        

Une présence floue se dessine près du lit; c’est celle de l’infirmière, mademoiselle Sokante, qui s’est rapprochée et jette à la malade un long regard apitoyé. Puis elle s’écarte de nouveau du lit et se tourne vers le docteur Salomey qui recommence à parler: « … Se coupe du monde… En même temps… Telle soif de vivre…»  Le bourdonnement reprend, les nuages effilochés se regroupent, s’amoncellent –est-ce qu’il pleut dans la savane ?– la malade sombre de nouveau tandis que le médecin et l’infirmière continuent leur conversation chuchotée : «… Lui laisser le temps? » dit mademoiselle  Sokante.  «Désolé, répond la voix sèche en caressant son crâne chauve, ici, nous ne pouvons rien pour elle… envisager son transfert à Colson…»  Comme il achève ces mots la jeune femme se met à s’agiter et à geindre dans son sommeil. L’infirmière se penche vers elle, lui prend la main qu’elle caresse dans un geste d’apaisement. Aussitôt, la patiente se calme et mademoiselle Sokante sort à la suite du médecin-chef. Les jours passent dans cet hôpital où elle a atterri sans savoir comment.  Depuis combien de temps est-elle là? Elle ne sait pas, qu’importe le temps. Le temps est suspendu l’espace se dilate elle respire seulement c’est tout ce qu’elle a la force de faire. Respirer, se réfugier dans le cocon du silence, et dormir…        

Un jour mademoiselle Sokante est venue lui expliquer avec beaucoup de précautions et de douceur qu’elle allait être  transférée du Centre Hospitalier Régional à l’hôpital psychiatrique de Colson et comme la jeune femme la regardait avec frayeur, elle s’est dépêchée d’ajouter que cette mesure n’était que temporaire –le temps que sa famille la retrouve, le temps que la mémoire lui revienne…  Elle a dormi dans l’ambulance qui la transportait à Colson. A son réveil, elle était allongée sur un petit lit aux draps bleus, dans une chambre aux murs lépreux, le froid la faisait frissonner. Elle a préféré refermer les yeux, absente…  

Sé volé man ka volé ! [1]   

Nicole CAGE-FLORENTINY

Ronda del tiempo de orfandad. En el techo, cientos y cientos de burbujas irisadas bailan, se rozan, levantan vuelo se funden, cientos de burbujas, un olor a sabana durante la cuaresma.        

 Ella surge, como de un largo túnel, como de una larga ausencia. Lentamente –¡no abrir los ojos! Este olor, no es el de la sabana durante  la cuaresma. ¡Huele a éter!        

No abrir los ojos, rechazar las sensaciones. ¿Dónde está ella? ¿Qué hace allá, estirada (sobre la hierba de la sabana)? No, ella siente agradable el lecho donde su cuerpo, que aún no tiene conciencia de ser un cuerpo, se hunde.  ¿Quién es ella? Dormir, encontrar de nuevo las burbujas bailarinas de un horizonte trastornado, dormir, para no sentir… Sentir… Allí se precisa… Vientre sexo dolor. Allá está… ella no es sino eso, un doloroso vientre un sexo como un marisco en espiral fuera del agua que golpea, golpea al ritmo del dolor.         

–¿Por qué me duele tanto mi vientre? ¿Y mi sexo?  

Cerrar los ojos con toda la fuerza de los párpados cerrarlos al llamado lancinante del tambor del recuerdo…Los días siguen a los días. Ella se hunde dentro de la cama; a veces sus manos se crispan, agarran la sábana, ella se queja,  se retuerce todo su ser se extiende y se zambulle bruscamente en la inmovilidad de la muerte. Los días pasan. No obstante sus ojos cerrados percibe vagamente, más y más, la gente que se acerca a su lecho, que se inclina sobre ella. ¿Qué murmuran? ¿Qué quieren de ella? ¿Qué hace allí ella? También percibe el ruido que la rodea, las voces, el ruido de instrumentos depositados sobre el metal, el repiqueteo del teléfono, el olor de los medicamentos que se le sube a la cabeza. Los jirones de palabras cuchicheadas llegan de tanto en tanto a través de la bruma. El hombre, el médico, probablemente, él habla más seguido, con una voz más rápida y más  seca; “…chispas de conciencia… amnesia que no parece total…” Una voz  que parece ser la de la enfermera vuelve, más dulce: “¿…Colson? ¿Alguna otra posibilidad?”

Las palabras se elevan hasta el techo, en volutas; otras se presentan como nubes deshilachadas alrededor del lecho de la joven mujer que guarda cama y murmuran, murmuran, murmuran, mezclando la voz de la enfermera con la del médico: “¿…familia? …nadie ha llegado por ella…amnesia…el hospital siquiátrico de Colson… única solución…”

Una vaga presencia se dibuja cerca de la cama; es la de la enfermera, la señorita Sokante, quien se ha acercado de nuevo y lanza a la enferma una larga mirada piadosa. Después se aleja de nuevo de la cama y se vuelve hacia el doctor Salomey quien empieza de nuevo a hablar: “…se aparta del mundo… al mismo tiempo… tal sed de vivir…” 

Vuelve el murmullo, las nubes deshilachadas se reagrupan, se amontonan –¿acaso llueve en la sabana? –la enferma se viene debajo de nuevo mientras que el médico y la enfermera continúan su cuchicheo: –¿…le damos más tiempo? –dice la señorita Sokante.  –Lo siento, responde la voz seca –acariciando su calvo cráneo, aquí, no podemos hacer nada por ella…considerar su traslado a Colson.  Cuando termina de decir esto la joven mujer se agita y gime en sueños. La enfermera se inclina hacia ella, le toma la mano que acaricia en un gesto de apaciguamiento. En seguida, la paciente se calma y la señorita Sonante sale después del médico jefe de servicio. Pasan los días en este hospital donde ella ha aterrizado sin saber cómo. ¿Desde cuándo está allí? No lo sabe, qué importa el tiempo. El tiempo está suspendido el espacio se dilata ella sólo respira es para lo único que tiene fuerza. Respirar, refugiarse en el capullo del silencio y dormir… 

Un día la señorita Sokante llegó para explicarle con mucha precaución y dulzura que sería transferida del Centro Hospitalario Regional al hospital siquiátrico de Colson y como la joven mujer la miraba con espanto, ella se apresuró a añadir que esta medida no era sino temporal –el tiempo para que su familia la encontrara, el tiempo para que le regresara la memoria…Durmió en la ambulancia que la trasportaba a Colson. Al despertar, estaba acostada en una camita de sábanas azules, en un cuarto de muros leprosos, el frío la hacía tiritar. Prefirió volver a cerrar los ojos, ausente…


[1] ¡Vuelo, claro que vuelo! 

Traducción de Mariluz Suárez Herrera  



Anne Hébert
Junio 7, 2007, 4:17 am
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Anne Hébert 

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Chant de Cloches 

Un chant de cloches

Au creux de la vallée

Monte comme une fumée brune

Franchit la montagne

Se mêle aux nuages

Fait la tour de la terre

Atteint mom âme dormante

Dans un repli de songe 

Canto de campanas 

Un canto de campanas

En la hondanada del valle

Sube como una humareda oscura

Atraviesa la montaña

Se mezcla con las nubes

Da la vuelta al mundo

Herida mi alma adormecida

En un pliegue del sueño   

Le coeur sarclé 

Le coeur sarclé

En plein soleil

Cet amour qu’il faut

S’arracher d’entre les côtes

A midi

Parmi le feu de l’été    

El corazón escardado 

El corazón escardado

A pleno sol

Este amor que es preciso

Arrancarse de entre los costales

A mediodía

En medio del fuego del verano   

Bel été 

Soleil à tue-tête

Sur la mer à midi

Flèches d’or

Ardente déraison

Je file sous l’eau verte

À la recherche de l’ame du feu

Qui brille parmi les algues  

Bello verano 

Sol a rabiar

Sobre la mar a mediodía

Flechas de oro

Encendida locura

Me arrojo bajo el agua verde

En busca del alma del fuego

Que brilla entre las algas  

Referme l’eau 

Referme l’eau comme un lit

Tire l’eau lisse sans un pli  

Songe à l’euphorie du nageur

À la vitesse de son cœur fluide

De l’autre côté du monde

Dans l’étirement de sa joie 

La vie étrange luit dans ses cheveux

Blanche comme le sel   

Encierro el agua 

Encierro el agua como un lecho

Extiendo el agua lisa sin arrugas  

Sueño con la euforia del nadador

En la velocidad de su fluido corazón

Del otro lado del mundo

En el desperezarse de su alegría 

La vida extraña refulge en sus cabellos

Blanca como la sal 

  

Traducción de Walter Romero



“El escritor imaginario” de Jean-Michel Maulpoix
Junio 7, 2007, 4:08 am
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L’écrivain imaginaire 

Jean-Michel MAULPOIX  

Je suis né rue Hautefeuille, à Paris, le 9 avril 1821, puis une nouvelle fois à l’hôpital de Rouen, le 12 décembre de la même année. Je suis mort également à deux reprises, d’abord à Marseille, le 10 novembre 1891 à 10 heures du matin, puis à une semaine d’intervalle, mais un demi-siècle plus tard, à neuf heures, le 18 novembre 1952, avenue de Gravelle à Cherenton. Ces dates ne sont pas sûres, non plus que ces lieux et ces heures. J’ai vu le jour, puis l’ai quitté. Un rien suffit à me faire croire que commençait ma vie, ou qu’elle prenait fin tout à coup. Je n’ai cessé de naître, puis de disparaître, et ne sais plus grand-chose de ma propore histoire. Les quelques livres que j’ai écrits ont plus de réalité que moi. Et peut-être la vie d’un homme n’est-elle somme toute que cela : une succession mal définie de naissances et de trépas imaginaires. On se plaît à la concevoir unique et continue, semblable à un fleuve qui s’écoule de sa source vers son embouchure, on lui prête une orientation et un destin, on la dit glorieuse ou maudite, quand elle n’est, en définitive, qu’un tas de papiers froissés, couverts de ratures et de taches. Je ne sais pas vraiment de qui je suis le fils. Je n’ai guère connu mes parents. Certains racontent que mon père était un homme très cultivé, d’une distinction parfaite, qui avait reçu sous l’Ancien Régime une éducation raffinée. Sa lecture des philosophes et son goût pour les arts l’avaient détourné de la religion à laquelle durant sa jeunesse il avait tout d’abord pensé se consacrer. D’autres prétendent qu’il fut prévôt d’anatomie, avant de devenir médecin-chef, quoique dédaigneux des titres et des académies. D’autres qu’il fut capitaine, de taille plutôt moyenne, les yeux bleus et le front haut, le nez court et légèrement retroussé, portant moustache à la mode impériale. D’autres enfin qu’il fut comptable, puis marchand de biens, à Aulnay-sous-bois.          

Ma mère, dit-on, fut couturière, issue d’un milieu pauvre. Elle connut la misère et craignit toujours d’y retomber. On dit aussi que les tâches domestiques l’ont accaparée toute sa vie et que son sens moral était sans défaillances. Si elle n’avait pas rencontré mon père, elle fût sans doute demeurée vieille fille, condamnée à la médiocrité. Son masque mortuaire est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de R. : il ressemble au visage de Charles Baudelaire tel que Carjat l’a photographié. Enfant, je fus d’agréable compagnie. Adolescent, je devins difficile, méfiant, et toujours prêt à me révolter. Mes études se prolongèrent peu. Je n’appréciais guère le collège et supportais mal les railleries de mes camarades. J’aimais cependant le latin, les hommes célèbres de l’Antiquité, et les Fables de La Fontaine. Je rêvai à treize ans d’écrire un roman sur Isabeau de Bavière. À seize, j’avais déjà des titres plein la tête : Le Bal masqué, L’Histoire rouge, La Belle Dorothée, La Dame de carreau, Comédie de la soif… Je composai quelques odes ampoulées à la gloire des martyrs du temps jadis, et ébauchai plusieurs tragédies en alexandrins. Je fis sans conviction un peu de médecine et de droit. Mes professeurs me parurent grisâtres. L’ennui me prit, en même temps que le goût de l’oisiveté et de la flânerie. Je battis bientôt la semelle dans les rues de Paris.         

 J’exerçai divers métiers, au nombre desquels celui de négociant. Mais je n’ai à vrai dire fait commerce que de mots. J’écrivis des livres, en vers ou en prose. J’aimais les nuages, les belles phrases, les ouvrages rares et les gravures. J’ai fréquenté les peintres et les musiciens. J’ai fumé ma pipe à l’envers. J’ai goûté de nombreux poisons. Je me suis rarement couché de bonne heure. Je ne concevais pas de vivre ailleurs qu’à Paris, me retirant parfois pour quelques jours à la campagne, en Lorraine ou en Normandie, où j’avais conservé des attaches, dans l’ombre familière d’un tilleul, parmi les moutons et les poules. J’aimais les rues de la capitale et que la foule n’y dérangeât pas ma solitude. J’aimais leurs marchandises bizarres, leurs lumières, leurs amitiés d’une demi-heure et leurs maîtresses de cinq minutes. Souvent, au crépuscule, mes pas me conduisaient chez quelque lorette, au fond d’une impasse. Parfois, l’après-midi, je suivais par désœvrement les cortèges funèbres ou les noces. Mes journées s’achevaient dans la pénombre d’un « boudoir d’hommes » où l’on fume et l’on boit très tard en racontant d’anciennes amours et en recherchant des raisons d’aimer encore. 

Jean-Michel Maulpoix, L’écrivain imaginaire. Mercure de France, París, 1994, pp. 11-17.

El escritor imaginario 

Jean-Michel MAULPOIX 

Nací en la calle Hautefeuille, en París, el 9 de abril de 1821, y después otra vez en el hospital de Ruán, el 12 de diciembre del mismo año. Igualmente, morí dos veces, primero en Marsella, el 10 de noviembre de 1891 a las diez de la mañana, después con una semana de intervalo, pero medio siglo más tarde, a las nueve horas, el 18 de noviembre de 1952, en la avenida Gravelle en Charenton.  Estas fechas no son seguras, como tampoco los lugares y las horas. Salí a la luz, después me alejé de ella. Una minucia bastó para hacerme creer que comenzaba mi vida, o que se acababa repentinamente. No cesé de nacer, después de desaparecer, y no sé mucho más de mi propia historia. Los pocos libros que he escrito contienen más realidad que yo. Y quizás la vida de un hombre en suma no es más que eso: una sucesión mal definida de nacimientos y de decesos imaginarios. Uno se complace con percibirla como única y continua, parecida a un río que se sale de su fuente hacia su desembocadura, uno le presta una orientación y un destino, se la llama gloriosa o maldita, cuando no es, después de todo, más que un montón de papeles arrugados, llenos de tachones y de manchas.          

No sé realmente de quién soy el hijo. Casi no conocí a mis padres. Algunos cuentan que mi padre era un hombre muy culto, distinguido a la perfección, que había recibido una educación refinada bajo el Antiguo Régimen. Su lectura de los filósofos y su gusto por las artes lo habían desviado de la religión a la que durante su juventud había pensado consagrarse inicialmente. Otros pretenden que fue prebostal de anatomía, antes de ser médico general, aunque desdeñoso de los títulos y de las academias. Y otros pretenden que era capitán, de complexión más bien mediana, los ojos azules y la frente alta, la nariz corta y ligeramente curvada, con un bigote a la moda imperial. Y finalmente otros decían que era contable, después vendedor de bienes, en Aulnay-sous-bois.          

Mi madre, dicen, fue costurera, proveniente de un medio pobre. Conoció la miseria y siempre tuvo miedo de volver a caer en ella. Dicen también que las tareas domésticas acapararon toda su vida y que en su juicio moral no había flaquezas. Si no hubiera encontrado a mi padre, ciertamente se habría quedado solterona, condenada a la mediocridad. Su máscara mortuoria se conserva hoy en la biblioteca de R.: se parece al rostro de Charles Baudelaire tal como lo fotografió Carjat.          

De niño, fui una agradable compañía. De adolescente, me volví difícil, desconfiado, y siempre listo para rebelarme. Mis estudios se prolongaron poco. No apreciaba mucho el colegio y soportaba de mala gana las bromas de mis compañeros. Sin embargo, me gustaba el latín, los hombres célebres de la Antigüedad, y las Fábulas de La Fontaine. A los trece años soñaba con escribir una novela sobre Isabeau de Bavière. A los dieciséis, ya tenía la cabeza llena de títulos: El baile enmascarado, La historia roja, La bella Dorotea, La dama de baldosa, Comedia de la sed… Componía algunas odas ampulosas a la gloria de los mártires de otro tiempo, y esbozaba varias tragedias en alejandrinos. Estudié sin convicción un poco de medicina y de derecho. Mis profesores me parecieron grisáceos. El aburrimiento me afectó, al mismo tiempo que el gusto por la ociosidad y por el vagar. Muy pronto quemé las suelas arrastrando los pies en las calles de París. Ejercí varios oficios, entre ellos el de negociante. Pero, a decir verdad no hice negocio más que con palabras. Escribí libros, en verso o en prosa. Me gustaban las nubes, las frases hermosas, las obras excepcionales y los grabados.        

He frecuentado a los pintores y a los músicos. He fumado mi pipa por el lado inverso de la boquilla. He probado varias sustancias tóxicas. Rara vez me he acostado a una hora razonable.  No concebía la idea de vivir fuera de París, por lo que a veces me retiraba durante algunos días al campo, en Lorraine o en Normandía, donde había conservado vínculos, en la sombra íntima de un tilo, entre los borregos y las gallinas. Me gustaban las calles de la capital y que la multitud no perturbara mi soledad. Me gustaba su mercancía extraña, sus luces, sus amistades de media hora y sus amantes de cinco minutos. Con frecuencia, en el crepúsculo, mis pasos me conducían a la casa de alguna cortesana, al fondo de una calle cerrada. A veces, en la tarde, seguía por holganza los cortejos fúnebres o las bodas. Mis días se acababan en la penumbra de un “saloncillo para hombres” donde se fuma y se bebe hasta muy tarde, contando sobre viejos amores y buscando razones para seguir amando. 

Traducción de María García-Moreno Esteva



“Traductora de sentimientos” de Hèléne Rioux
Abril 29, 2007, 7:58 pm
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Traductrice de sentiments 

Je veux écrire la vérité, c’est pourquoi je mens

Nijinski, Cahiers

Le plus difficile, c’est d’ecrire au « je ». Utiliser la première personne, prêter ma voix à Leonard Ming, trouver les mots dans ma langue pour traduire les siens, cela équivaut à prendre sur mes épaules une partie de ses actes. Sa pensée, je me retouve forcée de l’épouser. Je ne peux plus rester à la surface. J’entre en lui, nos identités se mêlent. Il se crée entre lui mort et moi vivante une terrifiante intimité.Je dis que j’entre en lui, mais n’est-ce pas plutôt lui qui s’insinue en moi et qui, peu à peu, sournoisement, en vient à occuper toute la place? Car même mort il conserve sa puissance horrible et, mort, il vit encore par ses mots, ce sont les miens qui lui insufflent la vie. Je ne veux pas céder à la fascination de l’horreur. Le même pouvoir de détruire, de ravager, il a laissé cela après lui; les mots sont ses traces et son testament. Il est passé comme un cataclysme. Et moi, dans les décombres, je compte les victimes, je titube dans le décor dévasté.J’écris la nuit, après que les lampadaires se sont allumés sur le Paseo, quand la lune trace son chemin de lumière dans la mer. Seule dans la nuit, seule avec les mots de la mort. La lune trace son chemin, les bateaux, au loin, j’en aperçois les lueurs, reflets vacillants tremblotant sur l’eau noire. Le gouffre de la mer, les hommes sur les bateaux, et moi avec les mots. Le jour, je deviens moule sur mon rocher. Le jour, sur le Paseo, je marche, je m’arrête pour boire un café, une bière, je repars. Quand je me sens d’humeur sauvage, j’achète mes cigarretes dans la machine distributrice au bar, à côté de chez moi. J’insère les pièces de monnaie dans la fente, le paquet tombe et la machine me remercie –elle a le don de la parole. Quand je suis d’humeur plus sociable, j’achète ma drogue au bureau de tabac. Je choisis en même temps un briquet sur lequel dansent de petits personnages. Au café, j’échange avec le serveur des banalités sur le temps qu’il fait ici, le temps qu’il fait au Canada. J’en rajoute et il s’exclame, lève les mains. « Vraiment si froid? –Plus encore, parfois, si on tient compte du facteur vent. » La vie est vide et plaine. Les banalités la remplissent, elles sont notre pain quotidien. Je prête l’oreille aux conversations, ce bourdonnement autour de moi. Banalités. Des bouches s’ouvrent, des lèvres remuent; ces gens doivent eux aussi discuter du temps qu’il fait, s’interroger sur les plats qu’ils vont commander. Ils parcourent des yeux le menu écrit à la craie sur l’ardoise. Peut-être ont-ils des enfants, des petits-enfants dont commentent la dernière frasque. Des couples assis face-à-face lisent, lui, le journal, elle, un livre à couverture glacée. Ils ont épuisé tous les sujets de conversation. Ou peut-être n’ont-ils pas d’enfants, de petits-enfants, ou, s’ils en ont, ils n’ont pas envie de commenter leurs frasques. Ou peut-être encore sont-ils suffisament bien ensemble pour savourer le silence, peut-être le dialogue se poursuit dans leur tête. Quand le serveur arrive avec leurs assiettes, ils posent leur lecture à côté d’eux et mangent d’un air gourmand. Il ouvre la bouche, va-t-il enfin lui dresser la parole? Non, il enfourne une bouchée. Leur dialogue doit être un soliloque. Je marche lentement, là sans y être. Témoin de la vie. Des passants me frôlent et j’entends toutes sortes de sonorités, cela ressemble à une musique. J’entends de l’espagnol, et de l’allemand, de l’anglais, aussi langues que je ne connais pas, du hollandais peut-être, ou du suédois. Je le déduis d’après l’apparence de ces gens, très blonds, et leurs intonations gutturales. Par des bribes me parviennent en français, j’entends mots comme conflit israélo-arabe, j’entends coût de la vie, dévaluation du dollar. Philippe me remonte en mémoire, je le revois avec son journal, son porte-documents, son dos voûté –le poids du monde sur les épaules. Conflit serbo-croate, Bosnie-Herzégovine, maintien de la paix, casques bleus, Nations unies. Lukas alors me revient en mémoire –puisqu’il travaille pour les Nations unies.

 

 

 Hèléne Rioux

Traductrice de sentiments, XYZ editor, Montréal, 1995. 

Traductora de sentimientos 

Si quiero escribir la verdad es porque miento.

NIJINSKI, Cuadernos

Lo más difícil es escribir en “yo”. Utilizar la primera persona, prestar mi voz a Leonard Ming, encontrar las palabras en mi lengua para traducir las suyas, esto equivale a llevar a cuestas una parte de sus actos. Me encuentro forzada a abrazar su pensamiento. Ya no puedo permanecer en la superficie. Entro en él, nuestras identidades se mezclan. Se crea entre él muerto y yo viva una terrorífica intimidad. Yo digo que entro en él pero, ¿no es más bien él quien entra en mí y quien, poco a poco, subrepticiamente, viene a ocupar todo el lugar? Porque incluso muerto conserva su poder horrible y, muerto, aún vive por sus palabras, son las mías que le infunden vida. No quiero ceder a la fascinación del horror. El mismo poder de destruir, de asolar, dejó eso detrás de él; las palabras son sus huellas y su testamento. Pasó como un cataclismo. Y yo, en los escombros, cuento a las víctimas, me tambaleo en el decorado devastado. Escribo en la noche, después de que las farolas han sido encendidas en el Paseo, cuando la luna traza su camino de luz en el mar. Sola en la noche, sola con las palabras de la muerte. La luna traza su camino, los barcos a lo lejos, diviso los resplandores, reflejos vacilantes temblorosos en el agua negra. El abismo del mar, los hombres en los barcos, y yo con las palabras. En el día, me vuelvo ostra sobre mi roca. En el día, por el Paseo, camino, me detengo para tomar un café, una cerveza, vuelvo a caminar. Cuando me siento de un humor salvaje, compro mis cigarrillos en la máquina distribuidora del bar, a un lado de mi casa. Meto las monedas en la ranura, la cajetilla cae y la máquina me da las gracias –tiene el don de la palabra. Cuando estoy de un humor más sociable, compro mi droga en la tabaquería. Escojo al mismo tiempo un encendedor en el que bailan pequeños personajes. En el café, intercambio banalidades con el mesero sobre el tiempo que hace aquí, sobre el tiempo que hace en Canadá. Exagero y exclama, levanta las manos. “¿De verdad tanto frío?” –A veces más todavía, si se toma en cuenta el factor viento.” La vida es vacía o plena. Las banalidades la llenan, son nuestro pan de cada día. Pongo atención a las conversaciones, ese barullo a mi alrededor. Banalidades. Bocas que se abren, labios que se mueven; esa gente debe discutir también del tiempo que hace, preguntarse sobre los platillos que van a pedir. Le dan una ojeada al menú del pizarrón escrito con gis. Tal vez tienen hijos, nietos de los que comentan la última travesura. Parejas que, puestas frente a frente, leen, él, el periódico, ella, un libro con portada en papel cuché. Han agotado todos los temas de conversación. O tal vez no tengan hijos, nietos, o si los tienen, no tienen ganas de comentar sus travesuras. O tal vez están lo suficientemente unidos como para saborear el silencio, tal vez el diálogo prosiga en su cabeza. Cuando el mesero llega con sus platos, ponen su lectura a un lado de ellos y comen con aire gustoso. Él abre la boca, ¿por fin va a dirigirle la palabra? No, se zampa un bocado. Su diálogo debe de ser un soliloquio. Camino lentamente por ahí sin estar, testigo de la vida. Los transeúntes me rozan y escucho toda clase de sonoridades, aquello se parece a una música. Oigo español y alemán, inglés, también lenguas que no conozco, holandés quizás o el sueco. Lo deduzco por la apariencia de esa gente, muy rubia, y por sus entonaciones guturales. Me llegan a veces fragmentos en francés, escucho palabras como conflit israélo-arabe, oigo coût de la vie, dévaluation du dollar. Philippe me remonta al pasado, lo vuelvo a ver con su periódico, su portafolios, su espalda encorvada –el peso del mundo a cuestas. Conflit serbo-croate, Bosnie-Herzégovine, maintien de la paix, casques bleus, Nations unies. Entonces Lukas me viene a la memoria –ya que trabaja para Naciones Unidas. 

Traducción de Roberto Rueda Monreal 



“Poesía cotidiana” de Paul Laraque
Abril 22, 2007, 8:15 pm
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Poesía cotidiana

la dehiscencia del día

o

el día de la dehiscencia 

la geometría de la noche

o

la noche de la geometría 

el nudo de la contradicción

la contradicción del nudo 

la flor de la síntesis

o

la síntesis de la flor 

la locura del deseo

o

el deseo de la locura 

el conocimiento de los sentidos

o

el sentido del conocimiento 

el amor de la libertad

o

la libertad del amor 

la revolución de la poesía

o

la poesía de la revolución 

los males del hambre

o

el fin de los males 

el hambre de la palabra

o

la palabra del fin

                                                   

Traducción de Gibrán Larrauri    

  



“Itinerario de un naufragio” de Guillaume Vigneault
Abril 19, 2007, 11:06 pm
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 Itinerario de un naufragio 

Regresé a Montreal bajo una de esas tormentas apocalípticas de julio. Manejaba lentamente bajo la tormenta violenta, incapaz de poder ver a más allá de diez metros. Con la nariz pegada al parabrisas, miraba el cielo iluminarse mientras un trueno hacía vibrar el chasis del coche. Opté por orillarme en la carretera. De inmediato el motor se apagó, quizás debido a una filtración de agua en el circuito eléctrico. Puse el radio y prendí un cigarro. Las ráfagas de viento silbaban bajo el toldo. Estaba varado en medio de la nada, en una delgada franja de asfalto, entre dos campos de maíz que ondulaban salvajemente bajo los fuegos azules de la tormenta. Parecía  el océano, en verde tenue. Intenté arrancar el coche de nuevo pero el motor rechinó. No insistí. Había que cambiar las bujías. Me quité la camisa y me bajé del coche. La lluvia estaba tibia, casi caliente. Me recosté en el techo, los ojos fijados en el cielo, mi cigarro sumergido en los labios. Se escuchaba a Bach en el radio, una sonata bastante simple que mi hermana tocaba en el piano. Evalué mentalmente mis oportunidades de que me cayera un rayo, en ese preciso instante. Infinitesimales. Decepcionantes. La tormenta pasó al cabo de unos veinte minutos, desplazando su furia hacia el este, mientras que una brisa caliente tomaba su lugar. Me puse de nuevo al volante y, tras varios intentos, el motor volvió a encender tosiendo un poco. Estaba empapado hasta los huesos pero no tenía frío. Al llegar a casa, el cielo se despejaba por partes, dejando pasar algunos rayos de luna. Llamé a mi madre para decirle que había llegado sin problema. Siempre se preocupa cuando me ve tomar la carretera con mal tiempo. Dejé salir a los gatos, luego regué las plantas. Marlene debió partir a medio día, como habíamos convenido. Su olor aún flotaba en el departamento. Me hundí en la cama demasiado grande, en ese desierto. Esta vida no era la mía.   Soñé con el desierto otra vez. Otra vez las dunas tiritando en el horizonte de fuego. El desierto que amenaza con tragarme, y yo, con el espíritu vacío, el corazón mudo, trepando una pendiente pulverizable que desaparece con mis pasos. En la cima de la duna, una mujer vestida de azul con un caballo. Me ofrece las riendas. Yo quiero hablarle pero ningún sonido sale de mi boca seca. Niega con la cabeza, pone las riendas en mi mano. Retrocede mirándome con ternura y a la vez sin piedad. No la sigo. Quisiera pero su mirada me lo impide. Observo al caballo. Un caballo triste. Un caballo desesperado, tan triste. No me atrevo a montarlo. Sin embargo, hay  que. 

                                                                                                                           Traducción de Merit Vera González



“acontecimiento” de Édouard Glissant
Abril 19, 2007, 10:34 pm
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                      Acontecimiento

¿Qué es un acontecimiento, para nosotros? Un hecho que ha sucedido en otra parte, sin nosotros, y que repercute sin embargo (por tanto) aquí y en nosotros. Por lo cual, lo que se hace en el mundo, en la misma medida que lo que no se hace aquí, nos corta del mundo.  Que en nuestros países haya tal encaprichamiento de “cultura” no se debe al azar. Cada uno se ocupa de ella, desde hace poco. Se envía cultura. Se puede discutir acerca de la cultura enviada. ¿Se sugiere que tal vez no esté adaptada? Se decide que haría falta más “calidad”. Se acomoda. Se critica. ¡Ay! Si Fulano fuera más capaz – y éste más honesto– y aquél más ameno. Pero “la cultura” no se da, no se envía, no se pone en plan; si no es para una comunidad el único plan que valga: cuando no es libre, el de su liberación y su capacidad de creación. Para un pueblo que no se expresa, para un pueblo mentalmente siervo, no hay acontecimientos, no hay más que la no-historia: la ausencia en toda decisión y en toda maduración que le conciernen.Asimismo, proponga usted a esta colectividad obras de teatro (o cánticos, o sinfonías, o marionetas, o partidos políticos) o, a la inversa, proponga que estas obras o estos partidos o estos cánticos no están “hechos para ella” (implícito: que si usted hubiera escogido mejor, ahí sí, estaría bien): es todo uno. La acción cultural no sólo debe ser llevada aquí por Antillanos, sino que además debe estar dirigida contra un sistema: si no es así, la enajenación embellece. La “cultura” es primero el sentido adquirido en y por ese contra. Ninguna élite puede bastar, a menos que sea bajo el modelo demagógico. Toda crítica dentro del sistema refuerza el sistema. Esto es tan cierto en el plano de lo cultural como en el de lo político.Ese es el sentido del acontecimiento. Ya sea que se encargue de reformar la cultura de la caña de azúcar, o de combatir el escándalo de la vivienda, o de vencer la “demografía galopante”, o de producir obras de arte: en el sistema (lo que quiere decir: si todo el sistema no es recusado por una teoría cuyo objetivo sea permitir reemplazarlo de manera positiva), esas críticas, esas acciones, sólo conducen a la perduración del sistema. Un pueblo sin acontecimiento, un pueblo cortado del mundo, es un pueblo que no se ve y que no se piensa: es nuestra calamidad más segura.Pero si el acercamiento cultural es importante en países donde la despersonalización y el genocidio cultural son procedimientos de base, el problema de las urgencias se impone por eso mismo: ¿cuándo y en qué condiciones debe el acto político tomar el relevo de la práctica de la creación cultural o reforzarla? Aquí hay que rechazar dos actitudes extremas: el “nacionalismo cultural” que se satisface con sus propias opiniones y suele desconocer el aspecto fundamental, socio-económico, de los problemas examinados; el internacionalismo a priori, que con frecuencia ignora los análisis “concretos” de una situación determinada y substituye los planteamientos con fórmulas[1]

Traducción de Lucía Melgar Palacios


[1] Producir o crear “contra” un sistema es sin duda una práctica que limita y a veces frustra. Pero los inconvenientes que provoca y que por un tiempo son inevitables no podrían compararse con la actividad ilusoria que consistiría en confiar en una especie de naturalidad inmediata e ingenua. En toda situación colonial, esa es  la distancia inevitable entre una poética de reajuste (una contrapoética) y la futura llegada de una poética natural, es decir, cuya parte de ingenuidad ya no sería enajenante sino que expresaría una riqueza colectiva.