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Sé volé man ka volé !
Nicole CAGE-FLORENTINY
Ronde du temps orphelin. Au plafond, des centaines et des centaines de bulles irisées dansent, se frôlent s’envolent se fondent, des centaines de bulles, une odeur de savane au carême.
Elle émerge, comme d’un long tunnel comme d’une longue absence. Lentement –ne pas ouvrir les yeux! Cette odeur ça n’est pas celle d’une savane au carême ça sent l’éther!
Ne pas ouvrir les yeux, refuser les sensations. Où est-elle? Que fait-elle là, allongée (sur l’herbe de la savane?) Non, elle sent bien le lit où s’enfonce son corps qui n’a pas encore conscience d’être un corps, le sien.
Qui est-elle? Dormir, retrouver les bulles dansantes d’un horizon trouble, dormir, pour ne pas sentir… Sentir… Ca se précise là… Ventre sexe douleur. C’est là… Elle n’est que ça, un ventre douloureux un sexe comme un lambi hors de l’eau qui bat, bat au rythme de la douleur.
«Pourquoi mon ventre me fait-il si mal? Et mon sexe ? »
Fermer les yeux de toute la force de ses paupières se fermer à l’appel lancinant du tambour du souvenir… Les jours succèdent aux jours. Elle s’enfonce dans le lit; parfois ses mains se crispent, agrippent le drap, elle geint, elle se tord puis tout son être se tend et replonge brusquement dans l’immobilité de la mort. Les jours passent. Malgré ses yeux fermés elle perçoit vaguement, de mieux en mieux, les gens qui s approchent de son lit, qui se penchent sur elle. Que murmurent-ils? Que lui veut-on? Que fait-elle là? Elle perçoit aussi la rumeur qui l’entoure, les voix, les bruits d’instruments déposés sur du métal, les sonneries du téléphone, l’odeur entêtante des médicaments. Des lambeaux de mots chuchotés parviennent de temps à autre à traverser la brume. L’homme, le médecin, probablement, parle plus souvent, d’une voix plus rapide et plus sèche: « … Eclairs de conscience… Amnésie ne semble pas totale…» La voix de celle qui semble être l’infirmière reprend, plus douce: «…Colson? Aucune autre possibilité?»
Des mots s’élèvent jusqu’au plafond, en volutes; d’autres se pressent en nuages effilochés autour du lit de la jeune femme alitée et bourdonnent, bourdonnent, bourdonnent, mêlant la voix de l’infirmière à celle du médecin : «… Famille ?… Personne n’est venu pour elle… Amnésie… Hôpital psychiatrique de Colson… Seule solution… »
Une présence floue se dessine près du lit; c’est celle de l’infirmière, mademoiselle Sokante, qui s’est rapprochée et jette à la malade un long regard apitoyé. Puis elle s’écarte de nouveau du lit et se tourne vers le docteur Salomey qui recommence à parler: « … Se coupe du monde… En même temps… Telle soif de vivre…» Le bourdonnement reprend, les nuages effilochés se regroupent, s’amoncellent –est-ce qu’il pleut dans la savane ?– la malade sombre de nouveau tandis que le médecin et l’infirmière continuent leur conversation chuchotée : «… Lui laisser le temps? » dit mademoiselle Sokante. «Désolé, répond la voix sèche en caressant son crâne chauve, ici, nous ne pouvons rien pour elle… envisager son transfert à Colson…» Comme il achève ces mots la jeune femme se met à s’agiter et à geindre dans son sommeil. L’infirmière se penche vers elle, lui prend la main qu’elle caresse dans un geste d’apaisement. Aussitôt, la patiente se calme et mademoiselle Sokante sort à la suite du médecin-chef. Les jours passent dans cet hôpital où elle a atterri sans savoir comment. Depuis combien de temps est-elle là? Elle ne sait pas, qu’importe le temps. Le temps est suspendu l’espace se dilate elle respire seulement c’est tout ce qu’elle a la force de faire. Respirer, se réfugier dans le cocon du silence, et dormir…
Un jour mademoiselle Sokante est venue lui expliquer avec beaucoup de précautions et de douceur qu’elle allait être transférée du Centre Hospitalier Régional à l’hôpital psychiatrique de Colson et comme la jeune femme la regardait avec frayeur, elle s’est dépêchée d’ajouter que cette mesure n’était que temporaire –le temps que sa famille la retrouve, le temps que la mémoire lui revienne… Elle a dormi dans l’ambulance qui la transportait à Colson. A son réveil, elle était allongée sur un petit lit aux draps bleus, dans une chambre aux murs lépreux, le froid la faisait frissonner. Elle a préféré refermer les yeux, absente…
Sé volé man ka volé ! [1]
Nicole CAGE-FLORENTINY
Ronda del tiempo de orfandad. En el techo, cientos y cientos de burbujas irisadas bailan, se rozan, levantan vuelo se funden, cientos de burbujas, un olor a sabana durante la cuaresma.
Ella surge, como de un largo túnel, como de una larga ausencia. Lentamente –¡no abrir los ojos! Este olor, no es el de la sabana durante la cuaresma. ¡Huele a éter!
No abrir los ojos, rechazar las sensaciones. ¿Dónde está ella? ¿Qué hace allá, estirada (sobre la hierba de la sabana)? No, ella siente agradable el lecho donde su cuerpo, que aún no tiene conciencia de ser un cuerpo, se hunde. ¿Quién es ella? Dormir, encontrar de nuevo las burbujas bailarinas de un horizonte trastornado, dormir, para no sentir… Sentir… Allí se precisa… Vientre sexo dolor. Allá está… ella no es sino eso, un doloroso vientre un sexo como un marisco en espiral fuera del agua que golpea, golpea al ritmo del dolor.
–¿Por qué me duele tanto mi vientre? ¿Y mi sexo?
Cerrar los ojos con toda la fuerza de los párpados cerrarlos al llamado lancinante del tambor del recuerdo…Los días siguen a los días. Ella se hunde dentro de la cama; a veces sus manos se crispan, agarran la sábana, ella se queja, se retuerce todo su ser se extiende y se zambulle bruscamente en la inmovilidad de la muerte. Los días pasan. No obstante sus ojos cerrados percibe vagamente, más y más, la gente que se acerca a su lecho, que se inclina sobre ella. ¿Qué murmuran? ¿Qué quieren de ella? ¿Qué hace allí ella? También percibe el ruido que la rodea, las voces, el ruido de instrumentos depositados sobre el metal, el repiqueteo del teléfono, el olor de los medicamentos que se le sube a la cabeza. Los jirones de palabras cuchicheadas llegan de tanto en tanto a través de la bruma. El hombre, el médico, probablemente, él habla más seguido, con una voz más rápida y más seca; “…chispas de conciencia… amnesia que no parece total…” Una voz que parece ser la de la enfermera vuelve, más dulce: “¿…Colson? ¿Alguna otra posibilidad?”
Las palabras se elevan hasta el techo, en volutas; otras se presentan como nubes deshilachadas alrededor del lecho de la joven mujer que guarda cama y murmuran, murmuran, murmuran, mezclando la voz de la enfermera con la del médico: “¿…familia? …nadie ha llegado por ella…amnesia…el hospital siquiátrico de Colson… única solución…”
Una vaga presencia se dibuja cerca de la cama; es la de la enfermera, la señorita Sokante, quien se ha acercado de nuevo y lanza a la enferma una larga mirada piadosa. Después se aleja de nuevo de la cama y se vuelve hacia el doctor Salomey quien empieza de nuevo a hablar: “…se aparta del mundo… al mismo tiempo… tal sed de vivir…”
Vuelve el murmullo, las nubes deshilachadas se reagrupan, se amontonan –¿acaso llueve en la sabana? –la enferma se viene debajo de nuevo mientras que el médico y la enfermera continúan su cuchicheo: –¿…le damos más tiempo? –dice la señorita Sokante. –Lo siento, responde la voz seca –acariciando su calvo cráneo, aquí, no podemos hacer nada por ella…considerar su traslado a Colson. Cuando termina de decir esto la joven mujer se agita y gime en sueños. La enfermera se inclina hacia ella, le toma la mano que acaricia en un gesto de apaciguamiento. En seguida, la paciente se calma y la señorita Sonante sale después del médico jefe de servicio. Pasan los días en este hospital donde ella ha aterrizado sin saber cómo. ¿Desde cuándo está allí? No lo sabe, qué importa el tiempo. El tiempo está suspendido el espacio se dilata ella sólo respira es para lo único que tiene fuerza. Respirar, refugiarse en el capullo del silencio y dormir…
Un día la señorita Sokante llegó para explicarle con mucha precaución y dulzura que sería transferida del Centro Hospitalario Regional al hospital siquiátrico de Colson y como la joven mujer la miraba con espanto, ella se apresuró a añadir que esta medida no era sino temporal –el tiempo para que su familia la encontrara, el tiempo para que le regresara la memoria…Durmió en la ambulancia que la trasportaba a Colson. Al despertar, estaba acostada en una camita de sábanas azules, en un cuarto de muros leprosos, el frío la hacía tiritar. Prefirió volver a cerrar los ojos, ausente…
[1] ¡Vuelo, claro que vuelo!
Traducción de Mariluz Suárez Herrera
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Anne Hébert
Chant de Cloches
Un chant de cloches
Au creux de la vallée
Monte comme une fumée brune
Franchit la montagne
Se mêle aux nuages
Fait la tour de la terre
Atteint mom âme dormante
Dans un repli de songe
Canto de campanas
Un canto de campanas
En la hondanada del valle
Sube como una humareda oscura
Atraviesa la montaña
Se mezcla con las nubes
Da la vuelta al mundo
Herida mi alma adormecida
En un pliegue del sueño
Le coeur sarclé
Le coeur sarclé
En plein soleil
Cet amour qu’il faut
S’arracher d’entre les côtes
A midi
Parmi le feu de l’été
El corazón escardado
El corazón escardado
A pleno sol
Este amor que es preciso
Arrancarse de entre los costales
A mediodía
En medio del fuego del verano
Bel été
Soleil à tue-tête
Sur la mer à midi
Flèches d’or
Ardente déraison
Je file sous l’eau verte
À la recherche de l’ame du feu
Qui brille parmi les algues
Bello verano
Sol a rabiar
Sobre la mar a mediodía
Flechas de oro
Encendida locura
Me arrojo bajo el agua verde
En busca del alma del fuego
Que brilla entre las algas
Referme l’eau
Referme l’eau comme un lit
Tire l’eau lisse sans un pli
Songe à l’euphorie du nageur
À la vitesse de son cœur fluide
De l’autre côté du monde
Dans l’étirement de sa joie
La vie étrange luit dans ses cheveux
Blanche comme le sel
Encierro el agua
Encierro el agua como un lecho
Extiendo el agua lisa sin arrugas
Sueño con la euforia del nadador
En la velocidad de su fluido corazón
Del otro lado del mundo
En el desperezarse de su alegría
La vida extraña refulge en sus cabellos
Blanca como la sal
Traducción de Walter Romero
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L’écrivain imaginaire
Jean-Michel MAULPOIX
Je suis né rue Hautefeuille, à Paris, le 9 avril 1821, puis une nouvelle fois à l’hôpital de Rouen, le 12 décembre de la même année. Je suis mort également à deux reprises, d’abord à Marseille, le 10 novembre 1891 à 10 heures du matin, puis à une semaine d’intervalle, mais un demi-siècle plus tard, à neuf heures, le 18 novembre 1952, avenue de Gravelle à Cherenton. Ces dates ne sont pas sûres, non plus que ces lieux et ces heures. J’ai vu le jour, puis l’ai quitté. Un rien suffit à me faire croire que commençait ma vie, ou qu’elle prenait fin tout à coup. Je n’ai cessé de naître, puis de disparaître, et ne sais plus grand-chose de ma propore histoire. Les quelques livres que j’ai écrits ont plus de réalité que moi. Et peut-être la vie d’un homme n’est-elle somme toute que cela : une succession mal définie de naissances et de trépas imaginaires. On se plaît à la concevoir unique et continue, semblable à un fleuve qui s’écoule de sa source vers son embouchure, on lui prête une orientation et un destin, on la dit glorieuse ou maudite, quand elle n’est, en définitive, qu’un tas de papiers froissés, couverts de ratures et de taches. Je ne sais pas vraiment de qui je suis le fils. Je n’ai guère connu mes parents. Certains racontent que mon père était un homme très cultivé, d’une distinction parfaite, qui avait reçu sous l’Ancien Régime une éducation raffinée. Sa lecture des philosophes et son goût pour les arts l’avaient détourné de la religion à laquelle durant sa jeunesse il avait tout d’abord pensé se consacrer. D’autres prétendent qu’il fut prévôt d’anatomie, avant de devenir médecin-chef, quoique dédaigneux des titres et des académies. D’autres qu’il fut capitaine, de taille plutôt moyenne, les yeux bleus et le front haut, le nez court et légèrement retroussé, portant moustache à la mode impériale. D’autres enfin qu’il fut comptable, puis marchand de biens, à Aulnay-sous-bois.
Ma mère, dit-on, fut couturière, issue d’un milieu pauvre. Elle connut la misère et craignit toujours d’y retomber. On dit aussi que les tâches domestiques l’ont accaparée toute sa vie et que son sens moral était sans défaillances. Si elle n’avait pas rencontré mon père, elle fût sans doute demeurée vieille fille, condamnée à la médiocrité. Son masque mortuaire est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de R. : il ressemble au visage de Charles Baudelaire tel que Carjat l’a photographié. Enfant, je fus d’agréable compagnie. Adolescent, je devins difficile, méfiant, et toujours prêt à me révolter. Mes études se prolongèrent peu. Je n’appréciais guère le collège et supportais mal les railleries de mes camarades. J’aimais cependant le latin, les hommes célèbres de l’Antiquité, et les Fables de La Fontaine. Je rêvai à treize ans d’écrire un roman sur Isabeau de Bavière. À seize, j’avais déjà des titres plein la tête : Le Bal masqué, L’Histoire rouge, La Belle Dorothée, La Dame de carreau, Comédie de la soif… Je composai quelques odes ampoulées à la gloire des martyrs du temps jadis, et ébauchai plusieurs tragédies en alexandrins. Je fis sans conviction un peu de médecine et de droit. Mes professeurs me parurent grisâtres. L’ennui me prit, en même temps que le goût de l’oisiveté et de la flânerie. Je battis bientôt la semelle dans les rues de Paris.
J’exerçai divers métiers, au nombre desquels celui de négociant. Mais je n’ai à vrai dire fait commerce que de mots. J’écrivis des livres, en vers ou en prose. J’aimais les nuages, les belles phrases, les ouvrages rares et les gravures. J’ai fréquenté les peintres et les musiciens. J’ai fumé ma pipe à l’envers. J’ai goûté de nombreux poisons. Je me suis rarement couché de bonne heure. Je ne concevais pas de vivre ailleurs qu’à Paris, me retirant parfois pour quelques jours à la campagne, en Lorraine ou en Normandie, où j’avais conservé des attaches, dans l’ombre familière d’un tilleul, parmi les moutons et les poules. J’aimais les rues de la capitale et que la foule n’y dérangeât pas ma solitude. J’aimais leurs marchandises bizarres, leurs lumières, leurs amitiés d’une demi-heure et leurs maîtresses de cinq minutes. Souvent, au crépuscule, mes pas me conduisaient chez quelque lorette, au fond d’une impasse. Parfois, l’après-midi, je suivais par désœvrement les cortèges funèbres ou les noces. Mes journées s’achevaient dans la pénombre d’un « boudoir d’hommes » où l’on fume et l’on boit très tard en racontant d’anciennes amours et en recherchant des raisons d’aimer encore.
Jean-Michel Maulpoix, L’écrivain imaginaire. Mercure de France, París, 1994, pp. 11-17.
El escritor imaginario
Jean-Michel MAULPOIX
Nací en la calle Hautefeuille, en París, el 9 de abril de 1821, y después otra vez en el hospital de Ruán, el 12 de diciembre del mismo año. Igualmente, morí dos veces, primero en Marsella, el 10 de noviembre de 1891 a las diez de la mañana, después con una semana de intervalo, pero medio siglo más tarde, a las nueve horas, el 18 de noviembre de 1952, en la avenida Gravelle en Charenton. Estas fechas no son seguras, como tampoco los lugares y las horas. Salí a la luz, después me alejé de ella. Una minucia bastó para hacerme creer que comenzaba mi vida, o que se acababa repentinamente. No cesé de nacer, después de desaparecer, y no sé mucho más de mi propia historia. Los pocos libros que he escrito contienen más realidad que yo. Y quizás la vida de un hombre en suma no es más que eso: una sucesión mal definida de nacimientos y de decesos imaginarios. Uno se complace con percibirla como única y continua, parecida a un río que se sale de su fuente hacia su desembocadura, uno le presta una orientación y un destino, se la llama gloriosa o maldita, cuando no es, después de todo, más que un montón de papeles arrugados, llenos de tachones y de manchas.
No sé realmente de quién soy el hijo. Casi no conocí a mis padres. Algunos cuentan que mi padre era un hombre muy culto, distinguido a la perfección, que había recibido una educación refinada bajo el Antiguo Régimen. Su lectura de los filósofos y su gusto por las artes lo habían desviado de la religión a la que durante su juventud había pensado consagrarse inicialmente. Otros pretenden que fue prebostal de anatomía, antes de ser médico general, aunque desdeñoso de los títulos y de las academias. Y otros pretenden que era capitán, de complexión más bien mediana, los ojos azules y la frente alta, la nariz corta y ligeramente curvada, con un bigote a la moda imperial. Y finalmente otros decían que era contable, después vendedor de bienes, en Aulnay-sous-bois.
Mi madre, dicen, fue costurera, proveniente de un medio pobre. Conoció la miseria y siempre tuvo miedo de volver a caer en ella. Dicen también que las tareas domésticas acapararon toda su vida y que en su juicio moral no había flaquezas. Si no hubiera encontrado a mi padre, ciertamente se habría quedado solterona, condenada a la mediocridad. Su máscara mortuoria se conserva hoy en la biblioteca de R.: se parece al rostro de Charles Baudelaire tal como lo fotografió Carjat.
De niño, fui una agradable compañía. De adolescente, me volví difícil, desconfiado, y siempre listo para rebelarme. Mis estudios se prolongaron poco. No apreciaba mucho el colegio y soportaba de mala gana las bromas de mis compañeros. Sin embargo, me gustaba el latín, los hombres célebres de la Antigüedad, y las Fábulas de La Fontaine. A los trece años soñaba con escribir una novela sobre Isabeau de Bavière. A los dieciséis, ya tenía la cabeza llena de títulos: El baile enmascarado, La historia roja, La bella Dorotea, La dama de baldosa, Comedia de la sed… Componía algunas odas ampulosas a la gloria de los mártires de otro tiempo, y esbozaba varias tragedias en alejandrinos. Estudié sin convicción un poco de medicina y de derecho. Mis profesores me parecieron grisáceos. El aburrimiento me afectó, al mismo tiempo que el gusto por la ociosidad y por el vagar. Muy pronto quemé las suelas arrastrando los pies en las calles de París. Ejercí varios oficios, entre ellos el de negociante. Pero, a decir verdad no hice negocio más que con palabras. Escribí libros, en verso o en prosa. Me gustaban las nubes, las frases hermosas, las obras excepcionales y los grabados.
He frecuentado a los pintores y a los músicos. He fumado mi pipa por el lado inverso de la boquilla. He probado varias sustancias tóxicas. Rara vez me he acostado a una hora razonable. No concebía la idea de vivir fuera de París, por lo que a veces me retiraba durante algunos días al campo, en Lorraine o en Normandía, donde había conservado vínculos, en la sombra íntima de un tilo, entre los borregos y las gallinas. Me gustaban las calles de la capital y que la multitud no perturbara mi soledad. Me gustaba su mercancía extraña, sus luces, sus amistades de media hora y sus amantes de cinco minutos. Con frecuencia, en el crepúsculo, mis pasos me conducían a la casa de alguna cortesana, al fondo de una calle cerrada. A veces, en la tarde, seguía por holganza los cortejos fúnebres o las bodas. Mis días se acababan en la penumbra de un “saloncillo para hombres” donde se fuma y se bebe hasta muy tarde, contando sobre viejos amores y buscando razones para seguir amando.
Traducción de María García-Moreno Esteva
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| Martinique La réalité de mon pays face à mes idéaux de poète Par Nicole Cage-Florentiny (en Martinique) |
| Mais est-elle si limpide, la réalité de mon pays, que je puisse en parler avec clarté à l’aune de mes idéaux de poète ? Si la clarté se lit de façon indéniable dans la nature, dans ce soleil omniprésent dont les rayons poursuivent les moindres recoins d’ombre, dans ce soleil qui sème des éclats de diamant dans le lit désordonné de l’océan, fait étinceler les feuilles des arbres gigantesques (mais tout n’est-il pas démesure dans ce pays-lumière ?) et resplendir les fleurs, dans la limpidité de l’air qu’il fait au carême, en est-il de même des hommes, des institutions, de l’inconscient collectif de ce peuple qui redoute encore de se nommer peuple ?
Et jusqu’où peut rêver la femme que je suis, jusqu’où peut-elle s’autoriser à rêver pour son peuple un autre avenir que celui qu’il s’est choisi, qu’il continue de se choisir, d’oublis en reniements, jusqu’où peut-elle oser brandir cet idéal, ce rêve d’un monde autre, dédié à l’expression de l’âme, à la quête de l’être, le regard à la fois ancré en soi et tourné vers l’Autre, celui si proche par l’Histoire par la géographie et la culture, celui, plus lointain, auquel nous ouvrons plus volontiers nos portes et nos coeurs qu’à nos plus proches voisins?Encore et encore, obstiné et volontaire, mon rêve revient se fracasser sur les récifs, il lèche les anfractuosités des côtes de mon île, il mendie une faille, un espace où lancer son cri mais inlassablement il est contraint au reflux, et il s’obstine encore et encore, s’obstine à dresser l’étendard de l’espérance…De l’espérance en ce jour où mon peuple sera résolument multilingue pour, débarrassé du prétexte de la langue, tourner les yeux vers les peuples qui s’épanouissent et souffrent si près de nous… De l’espérance en ce jour où mes frères saint-luciens et haïtiens n’auront pas besoin de montrer patte blanche pour aborder en ce dérisoire « morceau de France » égaré dans un archipel… En ce jour où il coûtera moins cher de voler jusqu’à Cuba, à Mexico, ou au Brésil qu’à Paris… De l’espérance en ce jour où dans les écoles de mon pays, le sport, l’expression artistique sous toutes ses formes et le rêve seront non seulement une part importante mais l’épine dorsale des programmes scolaires au même titre que les mathématiques et le français. De ce jour où José Marti, Monseigneur Romero, Alejo Carpentier, Toussaint Louverture, Simon Bolivar, Lumina Sophie, Nicolàs Guillén, Frantz Fanon, Léon-Gontran Damas et Aimé Césaire se promèneront allègrement à travers les pages des manuels scolaires et dans la mémoire, sur les lèvres et dans la psyché de nos enfants… De l’espérance en ce jour où les morts –ceux qui ont pris les armes pour lutter et obtenir l’abolition de l’esclavage en 1848 et dans leur lignée ceux de l’insurrection de 1876 dite « Insurrection du Sud », ceux de la révolte des plantations pudiquement baptisée « évènements de Février 1974 » cesseront d’errer entre mort et non-vie quand nos choix leur donneront à savoir qu’ils ne sont pas morts en vain et qu’ils peuvent désormais reposer tranquilles…De l’espérance en ce jour où, reprenant possession de notre part de l’héritage légué par nos ancêtres africains, celui du Verbe donnant vie aux mythes fondateurs, nous réapprendrons l’alchimie des mots et de la musique qu’ils font naître et, prenant d’assaut les places, les écoles et les rues, les champs et les plages ou le calme d’une véranda, nous conjuguerons le rêve et la folie, la révolte et l’espoir et le goût d’un éclat de rire qui se fraie un chemin entre deux coups de tambour, deux verres de rhum, une pépite de papaye, la transparence d’une eau de coco et la chaleur des acras… L’espérance en des joies simples et douces, en des chagrins compris et partagés…L’espérance en ce jour où le mot peuple ne sonnera plus aussi creux que présentement quand il s’adresse à mon pays. L’espérance du jour où je pourrai dire « mon pays » sans craindre de tomber dans l’emphase et la dérision…Et pour l’heure mon rêve en effet respire l’emphase et la dérision…Car sur la terre où j’habite, le crack fait naufrager le cerveau de la jeunesse.Sur la terre où j’habite des jeunes peuvent tuer un autre jeune pour lui ravir son scooter et ne pas même mesurer l’horreur de leur acte, des bandes rivales s’affrontent dans une ambiance pur-Bronx, les promenades au clair de lune deviennent défi à la prudence et enseigner un risque majeur quotidien.Sur la terre où j’habite des jeunes désoeuvrés peuvent pénétrer dans l’intimité d’une maison choisie au hasard et en tuer le propriétaire pour lutter contre l’ennui sans comprendre ce qui leur est reproché.Sur la terre où j’habite fleurissent les Mac-Do, pizzerias ambulantes et autres fast-foods, le modèle américain s’immisce au fond des palais, s’incruste dans le mental via le petit écran qui s’est transformé en baby-sitter moderne, les enfants deviennent obèses, la musique assourdit, les jeux sont de tueries, les rêves se font cauchemars où des créatures venues d’une autre galaxie veulent liquéfier la Terre… Certains parents s’insurgent encore contre le fait que le créole s’enseigne désormais à l’école et préparent leurs petits à être de futurs stars-académiciens. Sur la terre où j’habite, l’on vibre avec les protagonistes d’une émission de télé-réalité tandis qu’en Haïti, en Irak ou en Palestine pleuvent les morts.Les « produits du terroir » coûtent affreusement plus chers que ceux venus de France et « consommer local » relève parfois du luxe. Sur la terre où j’habite des cités anarchiques se dressent en des lieux inattendus, bouleversant l’équilibre des réseaux familiaux et de voisinage où s’ancraient la solidarité et la vigilance, provoquant le surnombre dans les classes des établissements scolaires qu’ils avoisinent et l’éclosion de nouvelles formes de délinquance. Alors où, où peut s’inscrire mon idéal, dans quel espace-peuple, quel espace-temps, quelle réalité peut-il espérer voir le jour ? Alors alors, il se vêt d’amertume, teinte mes mots de tristesse, de mélancolie et de révolte, mais tenace, têtu, il les nourrit aussi d’amour et d’espérance. Et quand il –ce peuple- se prend à se mobiliser et à tendre la main à Grenade et à Haïti disséquées par de meurtriers ouragans, quand, touché par la grâce il se prend à créer autre chose que du vent, que sa musique, que ses paroles prennent sens et enchantent l’âme (Yélé Mahogany ! Kolo, Ton René ba’y lavwa ! Rastok, Trèffre annou alé !), alors alors, dans l’incendie d’un coucher de soleil, la mélodie des bambous, dans la fraîcheur d’un clair matin où prend naissance un rire gras, dans la chaleur d’un coup de main ou d’une veillée culturelle, dans un hommage rendu à notre Poète majeur ou à un musicien cardinal trop tôt enlevé à nos oreilles et à notre légende (Yé Mona, Léona Gabriel !), dans le vent d’un poème, la courbe d’une sculpture, le délire d’une toile, alors alors le rêve trouve une trace de lumière qu’il s’entête à suivre… Alors alors il est bon d’être née dans ce pays-là, à ce moment-là, dans cette réalité-là, avec ces gens-là, il est bon, oui, d’oser encore brandir son idéal tel un étendard, il est bon et doux de continuer à graver et à lancer mos mots aux quatre vents de ce pays-là qui ne m’a pourtant rien demandé, il est bon de continuer de croire que les rêves conjugués finissent par prendre corps et faire irruption dans la réalité, bousculant les plus sombres pronostics…Il est bon, oui, d’être aussi obstinée que cet idéal qui ne me laisse aucun répit, traquant mes nuits, hantant ma parole, forgeant ma légende personnelle à l’ombre de ce pays où le Ciel a voulu que je vois le jour… |
Artículo tomado de Africultures: http://www.africultures.com/index.asp?menu=revue_affiche_article&no=4215§ion=cahier
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Dominique Viart, crítico literario y profesor de la Universidad de Lille III, estuvo en La Casa de Francia de la ciudad de México el día 5 de junio donde dio una conferencia en la que trazó lo que podría considerarse una arqueología de “la autoficción”, modo de escritura que ha sido definida por uno de sus más destacados representantes, Serge Doubrovsky, como “relato cuyas características corresponden a las de la autobiografía, pero que proclama su identidad con la novela al reconocer que integra hechos tomados prestados a la realidad con elementos ficticios”. Si bien las novelas de Serge Doubrovsky pueden ser consideradas como aquellas que dieron nombre a este tipo de narrativa, la autoficción se perfila ya desde el “Nouveau Roman” e incluso desde los relatos y novelas escritos inmediatamente al fin de la II Guerra Mundial. Para una aproximación a “la autoficción” recomendamos Fils de Serge Doubrovsky, W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, Les Particules elementaires de Michel Houellebecq, así como algunas de las novelas de los autores del “Nouveau Roman”, entre otros.






